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20

Nov

EXPO Luc Mabille

  • By Liegeois Didier

Exposition : Luc Mabille • Peintures • «Le massacre des innocents» du 30 novembre 2018 au 15 décembre 2018

Espace OPTO-Bi • Hors Château 64 • 4000 LIEGE • www.opto-bi.be

www.lucmabille.be

 

Démarche artistique

(Rencontre/entretient avec Lisa De Visscher ; rédactrice en chef revue A+ )

‘..Depuis sa jeunesse, Luc Mabille (1955) a eu l’ambition de peindre. La recherche d’une plus-value sociétale ainsi que d’une sécurité d’emploi qu’apporte la maîtrise d’un métier l’ont poussé vers l’architecture qu’il a exercée pendant 35 ans avec conviction et succès.

Ces dernières années, Luc Mabille a eu l’occasion de développer sa passion pour la peinture de manière plus approfondie et d’améliorer sa technique, à l’Académie des Beaux-Arts de Liège.

Le résultat est là : plusieurs séries de tableaux, de techniques et supports variés, mais reliées par un trait commun ; la maîtrise du sujet fortement ancré dans un engagement sociétal et écologique. Qu’il s’agisse de la consommation de la viande, la disparition des glaciers ou de l’accumulation de déchets, Mabille montre l’excès, le grotesque, sans pour autant juger ou pointer du doigt. Il se positionne comme un observateur dans un monde atroce mais réel.

Les techniques employées sont non seulement au ‘service du sujet’ mais permettent au sujet de sortir de son cadre et du piège de la ‘belle image’.

La série sur l’angoisse ‘anguish’ démontre à quel point le sujet, le cadrage, la technique et le support sont en lien pour créer ce monde parallèle où la peur règne. Quatre tableaux – un bout de voiture sur la route, un interrupteur, une salle de musée, un paysage ‘sliding’– montrent un monde fragmenté, aux contours vagues, aux traits presque agressifs. Plus explicite encore est le diptyque sur la disparition d’un glacier. Le premier tableau ‘ funny vieuw ‘ montre le glacier en état, des montagnes, de la neige sous un éclairage au sodium industriel.

Ce tableau prend son sens exposé à côté de son frère jumeau, le même glacier quelques années plus tard…La neige a disparu en grand partie, le schiste apparaît et on dévoile ce que l’on ne devrait jamais voir : une nature, dérobée, martyrisée qui prend l’allure d’une image sainte ‘last moment’. Etant tout à fait conscient de la force du diptyque et la tension entre ce qu’il y avait et ce qu’il n’y aura plus jamais, Mabille travaille sur l’encadrement. Le premier tableau reste nu, le deuxième sera placé dans un cadre lourd en bois, le cartel ‘in memoriam’, devenant ainsi presqu’une boîte à reliques.

Plusieurs tableaux développent les thématiques de l’accumulation, de la saturation et de la destruction en explorant les territoires picturaux. ‘The World order ‘, un tas de déchets avec une technique presque ‘pop art’, une accumulation d’objets en plastique qui flottent sur l’eau, des poissons morts dans une eau noire ‘sweet river’, peints avec une touche rapide.

La série ‘Le massacre des innocents’ montre la viande sous différents angles. Du petit format avec un bout de viande encore bien identifiable, encadré comme un portrait, au grand format où, encore, l’accumulation nous confronte avec la folie et l’obsession de la consommation.

Un tas de viande, sang et graisse, glacé derrière une vitre en plexi. La vitre est essentielle : elle reflète l’image du spectateur, le confronte avec lui-même. A certains endroits, elle a été amatie, ce qui donne un effet encore plus plastique de la matière.

Dans la prolongation de la même thématique, on retrouve ‘Fat painting’ et ‘night profusion’, un triptyque de petits formats encadrés montrant deux hamburgers en close up et le contenu d’une poubelle. Mabille développe ici la thématique de la destruction en faisant un lien direct avec la nourriture et notre corps. « Nous produisons des choses qui nous détruisent en détruisant la planète. »

Finalement, retour à la nature. Une nature comme une mère, certes, mais pas une qui saura nous consoler. ‘Silent trees’ montre une image très violente de la destruction de la forêt, accentuée par l’encaustique. Peinture acrylique en trois couleurs – gris de Payne, bleu de cobalt, blanc – et cire d’abeille. Un autre grand format explore encore plus la thématique de la terre. Il montre un labour, la terre usée et fatiguée peinte dans une touche très découpée. Un tableau très plastique dans sa technique et sa thématique sans pitié : « Mother earth will swallow you. »…’

 

Lisa De Visscher

Rédactrice en Chef revue A+ ‘architecture in Belgium’